• En faisant un peu de rangement, j'ai retrouvé un livre que j'ai acheté il y a 4 ou 5 ans (paru en 2015). Il s'agit d'un petit livre d'environ 80 pages qui se lit très bien, paru aux éditions Retz : Enseigner l'histoire à l'école. Il a été écrit par Benoît Falaize. 

    Si vous me suivez depuis quelques temps, vous aurez compris que l'histoire est une discipline qui m'est chère et ce livre est à avoir sans sa bibliothèque si vous vous êtes déjà questionné sur votre pratique en classe. Attention toutefois, ça n'a rien à voir avec une méthode clé en main. Ce petit livre permet d'avoir quelques pistes d'exploitation et de réflexion pour sa pratique en classe.

     

    Voilà, le cadre est posé. Maintenant, voici mes quelques notes de lecture !

    5 chapitres : les 2 premiers précisent pourquoi il faut enseigner l'histoire à l'école. Dans le 3ème, l'auteur explique, en s'appuyant sur ses travaux de recherche, que selon lui il est nécessaire de faire place à l'histoire contemporaine dans l'enseignement élémentaire (enseignement du fait religieux, des valeurs de la République, de la démocratie et des valeurs humanistes). Enfin, les 2 derniers chapitres (qui sont les plus intéressants à mon sens car ils traitent des pratiques de classe) sont axés sur le "comment" fait-on concrètement en classe pour enseigner l'histoire.

    1) Pourquoi enseigner l'histoire à l'école élémentaire ?

    L'histoire, comme discipline d'enseignement, est enseignée depuis le Second Empire et a eu, dès le début, une mission très importante : former les citoyens. Aujourd'hui, l'histoire est encore essentielle dans cette formation. Elle a aussi un rôle à jouer pour faire "aimer" la France à nos élèves. Non pas "faire de l'histoire" de façon chauvine dans le but d'enseigner l'"identité nationale" mais pour "juste restituer les enjeux du passé dans la chaîne des combats démocratiques passés, présents et à venir". Benoît Falaize rappelle qu'il est important de transmettre l'héritage historique à nos élèves "en leur rappelant que si nous pouvons exprimer notre esprit critique, y compris notre désaccord à l'égard des politiques menées, c'est parce qu'un principe fondamental a été acquis : celui de la liberté de conscience et d'expression". Enfin, l'enseignement de l'histoire permet de donner sens au  monde qui nous entoure. On peut rien au passé parce qu'il a déjà eu lieu. En revanche, on peut agir sur le présent et le futur "à condition  de se donner les moyens de l'analyser et de le faire vivre en classe avec la certitude de son utilité". 

    2) L'auteur en arrive ensuite à ce qu'il appelle "les urgences du passé".

    Je ne m'attarderai pas trop sur ce chapitre dans lequel B.Falaize explique la nécessité de faire place à l’histoire contemporaine dans l’enseignement élémentaire, l’urgence d’enseigner une histoire en prise avec les questions du temps présent, de dire « les passés douloureux comme les passés de solidarité », d’incarner les valeurs à travers des évocations de personnages « héros d’humanité » qui pourraient « parler » aux élèves sans les enfermer dans un devoir de vénération mais en leur signifiant qu’il est possible, aux hommes de bonne volonté, d’agir sur le monde dans lequel ils vivent. 

    3) Les pratiques de classe et les difficultés rencontrées.

    Dans cette dernière partie, l'auteur fait un état des lieux des pratiques d’enseignement/apprentissage de l’histoire :

    - d'abord, plus la période est récente, moins elle est travaillée.

    - Ensuite, il liste les difficultés rencontrées en classe : La représentation du temps chez les élèves (« Dit en langage quotidien, cela donne : ‘les élèves de CE2 éprouvent déjà beaucoup de difficultés à situer leur date de naissance, et encore plus à situer le XIXème et le XXème siècle, qui sont les plus proches de notre temps, alors la Préhistoire et l’Antiquité, n’en parlons pas ‘. Reste à se demander si le fait que les élèves ne maitrisent pas leur rapport au temps constitue un obstacle majeur et irréductible à la compréhension des événements du passé… Après tout, même pour des adultes, que signifie 400 000 avant notre ère ? Ou ‘il y a 750 ans ? Arrivons-nous, nous-mêmes, à en avoir une idée précise ? Et est-ce que cela nous empêche d’y fixer des informations et des connaissances suffisantes pour la compréhension du passé étudié ? »)          Le statut du document : on fait de l'histoire à partir de documents, traces du passé mais la difficulté réside dans le choix des documents (qui a un caractère arbitraire), comment peut-on s'en servir, à quel autre document le confronter, quelles informations utiles en tirer...                                            L'accessibilité des textes historiques en termes de lecture. La lecture des documents proposés (textes, iages, peinture, affiche...) n'est pas aisée pour les élèves.                                                    

     

    L'auteur donne quelques éléments de réponse pour étudier les documents :

    D'abord, ne pas s'interdire d'utiliser toutes les traces du passé (les lettres, les documents juridiques, les lois, les vestiges archéologiques, les musées, églises, bâtiments anciens, des archives, des témoignages, des discours...) du moment que le niveau de langue est accessible aux élèves. Il encourage à "traduire" ou d'installer un lexique à côté du texte. Mais il faut faire attention aux textes que l'on trouve dans les manuels car ils ne sont pas considérés comme des documents-sources au sens où les historiens l'entendent. Il appartiennent plutôt au domaine du récit. Et B. Falaize rappelle qu'on ne veut pas faire de nos élèves des apprentis-historiens. C'est pourquoi, l'étude des documents doit se faire en classe entière dans le cadre d'un échange collectif à partir de questions simples : 

    -Commencer par décrire le document, formellement : quelle est sa nature (un texte de loi, une peinture, une correspondance privée, un caricature…).

    - Ensuite, il faut pouvoir dire et faire dire par les élèves les éléments que l’on peut observer : qui l’a produit ? Quel en est l’auteur ? A quelle date ce document a-t-il été produit ?

    - Puis tenter d’en comprendre le sens et d’émettre des hypothèses : si l’auteur et la date ne sont pas connus, qui a pu faire ce document, pour qui, vers quelle date ?

    - Ensuite, et seulement après avoir déjà avancé sur ces premières découvertes, tenter d’en comprendre l’intérêt : pourquoi, d’après les élèves, dans une production d’hypothèses dont les enfants sont tout à fait capables, ce document a-t-il été fait ? Dans quel but ? Pour dire quoi ? Quel est le sens de ce texte, de cette peinture ? Pour cela, parfois, il n’est pas inutile de confronter deux documents : soit qu’ils disent le contraire l’un de l’autre, et l’on étudiera avec profit deux points de vue sur un document, soit parce qu’ils s’éclairent mutuellement.

     

    L'auteur termine son livre en parlant du "récit historique" à l'école. Il en est un fervent défenseur. Le récit historique a un intérêt pédagogique : une motivation claire et stimulante. Il permet de développer différentes compétences (culturelles, psycholinguistiques, linguistiques, intellectuelles et logiques).

    Le récit peut être construit par l'enseignant mais il peut aussi utiliser des manuels en lisant des textes, des témoignages, un "récit structuré,[...], élaboré par les auteurs du manuel scolaire, s'il est accessible et suffisamment "raconté" ". Cela peut être aussi un ouvrage de littérature de jeunesse à connotation historique ou un historien enregistré à la radio. Enfin, le récit historique peut être l'occasion pour l'élève de dire les textes mais aussi d'écrire un texte historique (prolonger, compléter, transformer un texte, l'enrichir d'une description ou le détourner).

     

    Je m'arrête là, je vous donne les références pour que vous puissiez le découvrir en intégralité ! Benoit Falaize a aussi écrit deux autres ouvrages "clé en main" cette fois avec des récits historiques et des séances à mener en classe. Bonne lecture ! :)

     

            

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